Yves LEGRAND

Complément d’information sur le métier de caviste par M. Yves LEGRAND.

Le caviste est d’actualité, d’ailleurs, il revient sur scène avec le film de Benoît Jacquot, avec les acteurs Léa Seydoux et Vincent Lindon. Et oui, le caviste est comme une femme de chambre ! C’est quand elle est absente que l’on s’aperçoit d’elle. Effectivement, nous sommes souvent pris pour des femmes de chambre, c’est-à-dire qu’on nous demande souvent de porter le vin, de le mettre en piste, de faire sa promotion. Et si l’on est très bon, le vigneron n’a plus de vin à nous vendre, car sa notoriété est faite. Je vous invite donc à voir ce film, tiré du roman d’Octave Mirbeau. Et là, Octave me plaît bien… !

Sur sa biographie. Il s’est battu avec constance contre toutes les formes d’oppression, d’exploitation et d’aliénation : la famille et l’école « éducastratice » ; l’Eglise catholique et les croyances religieuses (tout juste bonnes, selon lui, pour les pensionnaires de l’asile Charenton) ; l’armée, les « âmes de guerre » et le bellicisme ; la presse vénale et anesthésiante ; le capital industriel et financier, qui permet aux gangsters et prédateurs des affaires de se partager les richesses du monde. Il dénonce également le système politique bourgeois (nous sommes en 1900) qui se prétend abusivement républicain, alors qu’il ne fait qu’assurer la mainmise d’une minorité sur tout le pays, avec la bénédiction des électeurs moutonniers.

Donc, allez voir Léa Seydoux !

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Préparation de la dégustation

Avec mon équipe, nous avons dégusté, le lundi 13 avril dernier, la gamme de vins que je vous présente, pour confirmer l’ordre de dégustation et écouter l’avis de chacun. Nous avons dégusté au cours d’un dîner au Restaurant Issy Guinguette, au milieu des vignes.

Vous aurez à chaque fois le prix du vin TTC. C’est-à-dire produit fini, mission accomplie, entre les mains du dernier qui paie. Ça s’appelle le respect. Il s’agit de finaliser la démarche économique du vin. Nous sommes, nous cavistes, des conseillers, des avocats, et nous devons aussi annoncer le prix avant.

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Clos des Moulineaux 2013 de la Confrérie Saint Vincent d’Issy les Moulineaux, association loi 1901

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Vignes de 20 ans exposées Sud-sud est.

300 pieds de  chardonnay et 160 pieds de pinot beurrot appelé  » fromenteau  » ou  » fromentin « .

La semaine dernière, le 11 avril, j’étais à Puligny-Montrachet pour un dernier hommage à Anne-Claude LeFlaive. Cérémonie sobre, dans l’esprit d’Anne-Claude. Est-ce le hasard ? Je repartais avec 130 pieds de Pinot-Beurrot en sélection massale provenant de chez Emmanuel Giboulot. Cet enlèvement était prévu depuis plusieurs mois. Symbole du retour à la terre avant la renaissance. Foulage aux pieds par les enfants puis pressurage. Après débourbage, mise en feuillette pour vinification et élevage 10 mois. Après deux soutirages, mise en bouteilles tirage au clair avec dose légère de SO2.

Nombre  de bouteilles : entre 100 et 250 selon les années.

Prix vente public TTC : 25 € au profit de la confrérie Saint Vincent.

Commentaire de dégustation : Floral, gras en bouche, finition tendue

Les vendanges sont réalisées par une classe de CM2 d’une école d’Issy les Moulineaux dans le cadre d’un projet pédagogique préparé en classe avec le professeur, et se poursuivant avec la création d’étiquettes personnalisées ainsi que la réalisation d’un reportage.

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Vendanges 2013. Confrérie Saint-Vincent d’Issy les Moulineaux

 

Jusqu’au 19ème siècle, la vigne recouvrait 45 000 hectares dans la région parisienne.

De Marcel Lachiver, Histoire du vignoble français : les barrières de Paris, les taxes surréalistes du pouvoir en perdition de l’époque qui accéléraient le déclenchement populaire de 1789 .

« Le mur murant Paris rend Paris murmurant.

La célèbre intervention à l’assemblée nationale  du vigneron et député d’Argenteuil, Etienne Chevallier : « Peut-on sans gémir regarder ces bureaux fastueux qui paraissent être des temples, tandis qu’ils ne sont que des cavernes, des repaires où des vampires  de fermiers se partagent l’écu du malheureux et le denier de la veuve ? »

Et s’en prenant à l’enceinte fiscale elle-même, il eut ce moment d’éloquence que les députés applaudirent, dit le compte rendu de séances en priant l’opinant de répéter l’alinéa : Qu’on porte ces regards sur ces murailles (fiscales) insolentes, qui semblent braver les droits de l’homme, qui outragent la liberté et qui paraissent être le rempart de l’esclavage en annonçant aux étrangers scandalisés que les citoyens de Paris sont emprisonnés,  que les barrières sont des guichets, et que s’il eût pu au despotisme de les fermer, tout Paris serait mort de faim (et de soif). Eh ! grand Dieu, ne croirait-on pas, en voyant ces murs, que nous n’avons pas de déclaration de droits de l’homme ! »

 

N’oubliez pas, chers amis Alsaciens, que la Marseille a été créée  à Strasbourg pour l’armée du Rhin en 1792 !

Actuellement, il a y 140 parcelles de vignes en Ile de France, environ 10 hectares… vignes municipales, associatives ou privées, représentées par deux syndicats.

Je vais quand même ajouter du baume à l’ouvrage et la confiance que je porte envers et contre tout à nos élus en citant le texte d’un autre député… Il faut voir et penser  au-delà de son champ ou de son rang de vigne :

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Collioure 2010 blanc « L’Argile » 2010, Domaine de la Rectorie

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Cette appellation « Collioure blanc » est  principalement dûe à l’opiniâtreté de Marc PARCÉ, s’évertuant parfois contre les vignerons eux-mêmes. L’agrément a pu être avalisé grâce entre autre à une dégustation verticale de 10 millésimes « d’Argile » en VDP.

Issu à 90 % du grenache gris et 10% grenache blanc. Vignes de plus de 50 ans plantées sur les schistes bruns de la côte vermeille. Des rendements faible de 20 hl/ha, vendanges mi-août à 13,5° (donc pas obligatoirement en pleine maturité). Pressurage, débourbage. Fermentation en barrique avec bétonnage. Pas de fermentation malolactique.

Prix de vente public : 30€. N’est plus disponible sur le marché.

Commentaire de dégustation : Vin en retenue, court en bouche… Surprise ! Ne pas se fier aux apparences ! Il s’ouvre, lentement : il faut du temps, savoir le découvrir, à l’image du vigneron ! Une fois ouvert : limpidité, pureté des arômes

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La Rectorie et les Parcé : Les familles Legrand et Parcé sont liées par amitié d’abord. Je connais Marc Parcé depuis 50 ans puis par le sang, puisque nous avons nos petits-enfants en commun. En effet, Vincent mon fils ainé a épousé Nadjeda, la seconde fille de Marc en 1993. Depuis, les cuvées se multiplient et un Parcé ou un Legrand peut en cacher un autre !

Domaine de Bellivière, Hommage à Louis Derré 2005, Coteaux du Loir

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Nous quittons la côte vermeille pour atteindre la douce France, berceau de mon éducation oenophilique !

Même avant d’avoir mon permis de conduire, dans les années 60, mon père me laissait partir avec la camionnette de livraison, remplie de 7 barriques de 225 litres vides, pour aller chercher, principalement sur la rive droite de la Loire, à Meung-sur-Loire pour l’auvernat blanc, et du côté d’Amboise, et puis plus loin sur Angers, le grolleau, le cabernet franc, et le fameux pineau d’Aunis. Je remontais le lendemain matin, sur Paris, les barriques pleines. Elles étaient bues dans les 15 jours par les Parisiens… et nous recommencions le voyage !

Il est intéressant de constater l’évolution du marché en fonction de la qualité, de la persistance des vignerons à savoir valoriser leurs produits, grâce, surtout, aux cavistes. L’auvernat que nous allions chercher à Meung-sur-Loire, nous l’achetions le même prix que le Meursault !

Prix de vente public : 40€ la bouteille. Non disponible sur le marché.

Commentaire de dégustation : cristallin, robe limpide, brillante, claire, très grande longueur en bouche, désaltérant

 

Henri Galinié, secrétaire perpétuel de l’Association des cépages modestes à Saint-Cosme d’Olt (Aveyron), sur l’origine du Pineau d’Aunis :

« Dans la vallée de la Loire, de Blois et Vendôme à l’est, et jusqu’à Château-du-Loir et Saumur à l’ouest, une tradition bien établie fait du Pineau d’Aunis un très ancien cépage local, obtenu à Dampierre près de Saumur dans les vignes d’un Prieuré d’Aunis qui aurait donné son nom au cépage, lequel n’aurait donc rien à voir avec l’ancienne province d’Aunis, située autour de La Rochelle.

Toutes les sources consultées, qui sont certes rares et confuses, excluent cette histoire qui se révèle être une légende :

    – le Pineau d’Aunis ne trouve pas son origine à Dampierre, près de Saumur ; le Prieuré d’Aunis lui-même n’a jamais existé ; le Pineau d’Aunis était un cépage très minoritaire au 19e siècle dans un Saumurois dominé par le Cabernet franc.

    – Historiquement, faire remonter le Pineau d’Aunis, et même le terme clairet, à Henry III Plantagenêt au 13e siècle ne trouve ni preuve ni justification ; ce même Henry III n’a jamais non plus envoyé de vin dénommé par son cépage ou par le terme clairet en Angleterre ;

    – le Pineau d’Aunis ne peut pas plus être le Breton de Rabelais pour des 

questions de chronologie car l’abbé Breton vivait au 17e siècle.

    – L’identification de vignes sauvages comme des lambrusques et la filiation établie avec le Pineau d’Aunis sont fantaisistes.

 Cette histoire légendaire est donc pour l’essentiel l’œuvre d’Alfred Bouchard, auteur de la notice Chenin noir de l’Ampélographie de Viala et Vermorel en 1901 (Tome 2).

A défaut de pouvoir s’appuyer sur une réputation et une histoire bien établies, on a fait appel, à la suite de Bouchard, au registre de la tradition, en forçant le trait  : aux moines d’un prieuré, ce qui évoque les Cisterciens de Bourgogne et le « vrai » Pinot ; à la table des rois, donc à la parenté avec les vins les plus prisés du royaume ; au chantre de la bonne chère et au poète de la Renaissance du temps de la Loire royale, Rabelais et Ronsard ; et plus encore, aux origines immémoriales, les lambrusques antérieures à la conquête romaine. Tout cela à une seule fin : rétablir ou promouvoir la réputation d’un cépage que l’Histoire aurait malmenée.

La faible renommée du Pineau d’Aunis n’a pas engagé les spécialistes à réfuter les thèses imaginaires du 19e siècle que colporte sans opposition une tradition qui reste bien vivante.

A la fin du 19e siècle, on donna au cépage le nom de Chenin noir dans un mouvement qui avait pour objet de mettre un terme à la confusion entre les Pinots/Pineaux (blancs ou rouges) de Bourgogne et de Loire, car ils étaient orthographiés indistinctement. Au 20e siècle Chenin (blanc) est resté alors que Chenin noir est redevenu Pineau d’Aunis.

Quant à la provenance géographique du Pineau d’Aunis, il apparaît dans les ouvrages du 19e siècle que le cépage avait alors été introduit récemment dans la Loire. Un bruit de fond qui concerne la Charente, où se situent Aunis et Saintonge, vaudrait d’être entendu. Le Pineau d’Aunis peut y avoir été obtenu ou il peut avoir transité par là. Il est possible que l’autorité de Viala et Vermorel ait couvert les voix qui laissaient entendre auparavant que le cépage provenait de cette zone où il était tombé en désuétude. Longtemps mal considéré, le cépage bénéficie aujourd’hui de l’intérêt de vignerons attentifs. »

Justement, en voilà des vignerons attentifs ! Eric et Christine NICOLAS, du Domaine de Bellivière, sont des gens magnifiques. On est vraiment sur du bio, avec les racines humaines qui descendent profond ! Voici la lettre que m’ont envoyée Eric et Christine :

« Cher Yves,

(…) la cuvée “ Hommage à Louis Derré “ est issue des raisins de nos plus vieilles vignes de Pineau d’Aunis, toutes âgées de plus de cent ans sans pour autant être pré-philloxériques, elles sont toutes greffées.

Nous produisons ce vin sur une surface qui avoisine l’hectare. Une seule vigne n’est pas centenaire, elle a quand même plus de 80 ans!

Les raisins sont cueillis “ juste mûrs “, et l’apparence visuelle pour la décision de vendange n’est pas le seul critère, ni le goût de l’échantillon prélevé pour la maturité ; c’est tout un ensemble basé aussi sur l’expérience. Il y a quelques années, je me suis rapproché de la décision de récolter les raisins croquants comme les caractérisait Henri Jayer. Je me suis largement inspiré des sensations bourguignonnes pour préserver la fraicheur toute “ ligérienne“.

La macération est conduite en petite cuve tronconique de 15 hectolitres en chêne où j’effectue toute l’extraction de la matière aux pieds, méthode qui me semble la plus sensible car le prolongement du corps sans ce détachement sensitif qui serait lié à l’utilisation d’un quelconque outil, fût-il le mieux conçu!

2005 est déjà avenant bien que subsistent quelques regains tanniques, signes d’un millésime riche et solaire. Il a encore de l’avenir.

Nous connaissons deux orientations des maturités du Pineau d’Aunis, solaires comme l’ont été 2003, 2005 et 2009 millésimes très complets et puissants; ou plus “ligérien” les millésimes où les maturités sont atteintes permettant de conserver la fraicheur.

Après la cuvaison, les vins de goutte et de presse sont systématiquement assemblés, formant un “tout” et l’élevage dure 16 mois environ avec une malolactique en barriques.

Louis et Huguette Derré ont vécu trente ans, paysans Sarthois, dans la ferme que nous occupons. Ils vivaient d’une forme d’agriculture  qui a maintenant disparu, sur de petites surfaces et grâce à de nombreuses activités de culture et d’élevage.

Les produits de la ferme étaient nombreux et variés. Leur existence était paisible même s’ils ont connus de grandes difficultés dans leurs vies. Ils sont morts trop tôt, de leur labeur et de l’air du temps.

Ils nous ont chaleureusement accueillis, aidés et guidés. N’ayant pas eu la chance de mener d’études, ils n’ont eu recours qu’en leur courage, leur vigilance et leur clairvoyance. Les discussions avec eux étaient toujours bien nourries…

Lorsque nous avons créé cette cuvée, nous avons donc décidé qu’elle porterait le nom de Louis et de la famille Derré, nous avions envie de leur donner la possibilité de voyager, eux qui n’avaient pratiquement jamais vu autre chose que les horizons de la commune de Lhomme…

Beaux horizons qui nous ont nous aussi un jour arrêtés pour y faire du vin.

A bientôt, amicalement, Eric. »

Pomerol, Château de Bellegrave 2000

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On peut appliquer à  Jean-Marie Bouldy la phrase du poète suisse Philippe Jacottet (1925-) : « Que l’effacement soi ma façon de resplendir. »  

Jean-Marie a hérité des vignes que son père avait achetées en métayage dans les années 50 à un certain M. Maurel. L’hiver 1956 a détruit le vignoble pour plusieurs années, mais le propriétaire a dit à M. Bouldy : « Vous me paierez quand vous pourrez ! » M.Bouldy père a travaillé dans les vignes jusqu’à 94 ans !!

Nous sommes à Pomerol, aujourd’hui on trouve environ 140 propriétés, plus les seconds vins, plus les troisièmes vins, plus les vins de marque…

Je pensais ne pas sélectionner de Bordeaux : trop vus, trop bus, trop connus, trop. Puis j’ai réalisé que devenir sectaire, c’était perdre la foi. Le caviste a charge de transmettre.

Ce soir, pour une fois, je suis passé de l’autre côté du miroir : j’ai apporté des vins que j’aime, pour vous en parler. J’aime les faire partager, ils représentent mes convictions.

Il est bon de se rappeler que selon la définition du Petit Robert, le terme « commerce » veut dire « comportement vis-à-vis d’autrui ».

Bouldy connaît intimement toutes ses parcelles. Sols et sous-sols sont un mélange de cailloux et d’argiles bien drainés, qui enfoncent les racines en profondeur.

Le vigneron vous parle :

« Mes vignes sont plantées sur un sol typique de Pomerol.

Sol de graves et sous-sol de type graveleux et argileux.

De couleur ocre, ce sous-sol révèle la présence important d’oxyde de fer typique de Pomerol.

Il donne finesse, puissance et élégance du vin. » 

C’est particulièrement vrai pour ce millésime 2000 du Château Bellegrave. En le dégustant et en vous en parlant, me vient sur les lèvres la phrase du poète Ausone, poète latin né à Bordeaux (310-394):

« Je cherche avant tout un vin généreux,

qui chasse mes soucis,

soutienne mes brillantes espérances

qui se répandant dans mes veines,

échauffe mon âme et me rende la vigueur de la jeunesse ».

Vignes de 40 ans. 75% merlot, 25% cabernet franc.

Domaine de 8,5ha en biodynamie depuis 2 ans.

Prix de vente public TTC : (45€ pour le 2006) .N’est plus en vente

Commentaire de dégustation : dépouillé, épuré, trame fraîche et gracieuse

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Bordeaux, une région exceptionnelle par son dynamisme commercial. Je suis admiratif que des produits de la terre puissent atteindre une telle dimension commerciale et une telle notoriété. Pour un grand cru classé avec un prix de revient de 15€, le vendre au-delà de 500€, c’est un ratio que je souhaite à toute la viticulture française.

Et là, bien sûr, j’entends les pensées de certains, même ici : « Legrand, il ne fume pas que des feuilles de vigne ! » Et pourtant… Quand on regarde l’histoire de la viticulture, des vins célèbres ont disparu, et des vins inconnus sont devenus célèbres. Nous avons le devoir social, économique, culturel (et en plus, nous en avons les moyens !) de faire en sorte, que pour les générations de vignerons et de gens du vin, l’ambition serait que la France devienne la Romanée Conti du vin dans le monde.

Une histoire vécue : j’étais invité avenue Matignon dans la maison Christie’s pour une dégustation de 18 Châteaux Latour et Fort de Latour. Etaient présents une quinzaine de journalistes du vins, et moi-même.

C’était 3 jours avant une importante vente aux enchères Christie’s. Le régisseur du Château Latour présentait chaque millésime. Et le directeur France Christie’s ajoutait la phrase suivante : « Mesdames et messieurs les journalistes, n’oubliez pas que ce vin sera mis à prix à … ». Et à chaque millésime dégusté, ce gentleman rappelait toujours cette phrase « ce vin vaut tant ! »

Je trouvais, moi, Français, très incorrect qu’on me parle d’une valeur, d’un prix : j’étais là pour le plaisir de la dégustation. Je prenais ça pour un manque de fairplay qu’on me rappelle la valeur de ces vins. La finalité du vin est fait pour être vendu et bu, et notre gentleman avait raison. Peu importaient les sentiments, l’objectif était de valoriser le produit. Et le jour de la vente, les vins se sont vendus aux prix pronostiqués.

La moyenne des vins vendus à l’export est de moins de 4€ et rapporte environ 6 milliards dans la balance commerciale.  Imaginez que nous passions à 40€ ! Cela ferait 60 milliards ! Et je ne vous dis même pas si ce chiffre passait à 400€…. !

Canon de la médecine, école de Salerne :

« Celui dont le cerveau est puissant ne s’enivre pas rapidement

Et son cerveau ne permet pas aux mauvaises vapeurs de s’élever vers lui.

En effet, li ne retient du vin que la chaleur convenable

Et cela clarifie son intelligence qui atteint alors un niveau habituellement inégalé.

Mais chez des gens moins bien armés, les effets sont différents. »

IGP Crète, Domaine Yanis Economou , Oikonomoy 2006

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Parmi la sélection de vins grecs dans les caves du Chemin des Vignes, je l’ai retenu car il m’a plu.

Hommage au bassin méditerranneén. Naissance de la viticulture et de la civilisation : la Turquie, le mont Arara, et tout le bassin méditerranéen. J’aurais pu choisir d’autres vins, comme un italien de Toscane par exemple, ou de Sicile…

Il faut surtout parler de l’école de médecine de Salerne, dont le canon de la médecine prônait l’absorption de vin pour se soigner ! Cette école a été créée par un juif, un arabe musulman et un latin au XIème siècle. C’était une école mixte et laïque ; qui a fait autorité dans toute l’Europe, pendant 4 siècles !

Très vieilles vignes, cépage typique Liatiko, franc de pied.

Sol de cailloux calcaires, schistes violets et argiles

Elevage en barrique, cuve et bouteille pendant 7 ans

Prix de vente TTC public : 40 € (Courtier : Georgios Ioannidis, société Oenos)

Commentaire de dégustation : Cristallin, belle trame, vin rouge très fin, équilibre, délicatesse, élégance, complexité aromatique et précision de l’élaboration : notes fumées, minérales, grande délicatesse de texture, sensations aériennes (fleurs, liqueur d’orange)

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« Le vin pur réjouit le cerveau contristé

Et donne à l’estomac un parfum de gaité

Il chasse les vapeurs et les met en déroute

Des viscères trop pleins, il dégage la route

De l’oreille plus fine, il aiguise les ressorts

Donne à l’œil plus d’éclat et embellit le corps

De l’homme robuste allonge l’existence

Et des gens engourdis réveille la puissance. »

Avicenne, de son nom musulman Abu Ali al-Husain (980-1037)

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 C’est aussi parler du vin que de parler de ces gens, c’est le vin, l’âme du vin. Un confrère d’Avicenne, Omar Khayyam, au 11ème siècle : 

« Renonce,

renonce à tout

dans ce monde :

fortune, pouvoir, honneurs. (…)

Bois à tort et à travers (…)

Ne demande rien,

Rien ne désire,

Hormis du vin, des chansons

De la musique, de l’amour ! »

En version française actuelle, ces poèmes se traduisent par le principe de précaution : l’abus d’alcool est dangereux !

Gigondas, Confidentiel 2006, Domaine Montirius

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Voici des gens qui ont totalement épousé la biodynamie, qui la vivent au fond d’eux-mêmes. C’est leur choix, et je le respecte. D’autant plus qu’ils apportent beaucoup à la communauté, et étant généreux dans la diffusion de leurs connaissances.

En suivant leurs vins depuis plusieurs années, comme d’autres vignerons bien sûr, ils m’ont beaucoup appris, sur ce que j’appelle la dégustation intérieure.

Je crois en l’Eglise catholique, c’est mon éducation, mais je croirais encore plus si le vin de messe servi était de cette qualité intérieure aussi profonde, aussi élévatrice.

Prix de vente public : 34 €

Le vigneron vous parle :

« Cher Yves,

Voici comme promis les informations demandées sur notre Montirius Confidentiel 2006 Gigondas rouge  80% Grenache et 20% de Mourvedre

Les raisins proviennent  d’1ha de vignes qui se situent  dans l’angle Nord Est de la  grande parcelle de 10ha.  Parcelle qui est dans la famille Saurel depuis 6 générations. Certains des pieds de vignes ont été plantés en 1925 par l’arrière-grand-père avec la première machine à vapeur de la région. Ils étaient déjà pionniers en ce temps-là aussi…

En 2004, par le plus grand hasard (s’il existe) nous avons découvert que cet hectare matûrait des raisins qui une fois vinifiés donnaient un vin au gout différent des 9 autres hectares de la parcelle.

C’est-à-dire que le vin des 9 autres hectares (même cépages dans les mêmes proportions) donnait naissance au vin Montirius Terre des Ainés. L’hectare situé dans l’angle Nord Est donnait naissance quand à lui à un vin unique qui s’efface si on l’assemble au Terre des Ainés et qui ne bonifie pas l’assemblage Terre des Ainés.

En 2004, on a d’abord pensé que cela venait de la climatologie de l’année, de l’effet millésime. Comme nous aimons rester à l’écoute des messages qui nous sont envoyés par la nature nous prenons Eric et moi la décision de ne pas assembler ce vin, de le mettre en bouteille et nous voulions l’appeler « surprise » car c’est vraiment l’effet qu’il nous  a transmis quand nous l’avons mis en bouche après la fermentation malolactique pour la première fois. Cependant «  Confidentiel » semblait plus en accord avec ce que nous ressentions  de ce vin car peut être que ce mystère de dame nature était en fait une confidence qu’elle était en train de nous délivrer. Nous accueillons donc de ne pas comprendre et de nous laisser guider.

Ce vin nous donnait la sensation d’être UN. UNI… VERS l’équilibre.

Pendant toute l’année qui s’écoula, nous nous sommes très souvent demandé qu’est ce qui avait bien pu se passer pour obtenir un tel vin.

Avec les vendanges  2005, nous décidons cette fois volontairement de vinifier ce même hectare séparément afin de voir si la magie allait se reproduire et ce fût le cas. Cette fois plus question de penser effet millésime dû aux conditions climatiques de l’année.

Donc étude du sous-sol qui fût  identique ‘en apparence’ dans toute la parcelle de 10 ha, exposition des vignes identiques, âge des vignes identiques, encépagement identique, même nombres d’année de bio-dynamie, même porte greffe, plantation par la même personne.

Avec les années  nous avons même analysé les levures naturelles des raisins de la fermentation alcoolique  sur cet hectare par rapport aux raisins du reste de la parcelle : identique

Vinification par les mêmes personnes, nous.

A ce jour en 2015 nous n’avons pas d’explications rationnelles pour expliquer cette différence dans le vin obtenu. Nous sommes surs que nous avons quelque chose de différent à cet endroit que nos yeux d’humains vignerons,  à ce jour n’arrivent pas à voir. Nous sommes en apprentissage et patiemment nous nous laissons guider et savons que la nature nous dévoilera ses vérités quand nous serons prêts à comprendre.

Très belle après-midi, cher Yves, et merci infiniment d’avoir choisi un vin de notre domaine. C’est un grand honneur pour nous tous d’être parmi vous le 20 Avril prochain.

Amitiés,

Christine »

Vosne-Romanée,  Les Beaumonts 1976,  Jean Grivot

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En 1978, jeune caviste, je recevais les vins de Bourgogne 1976. Parmi eux, 60 bouteilles de Vosne-Romanée Les Beaumonts de chez Jean Grivot. Je le déguste, et appelle sur le champ M. Jean Grivot pour lui faire part de ma déception sur son vin, par une description péremptoire : « Votre vin est dur, tannique… » M. Grivot aurait pu m’envoyer sur les roses ! Bien au contraire, il m’a donné une leçon qui chante encore dans ma tête en me répondant : « Jeune homme, il ne vous reste plus que la patience à apprendre. »

C’est cette patience que vous dégustez en ce moment.

Je n’ai jamais vendu ce vin, et depuis 40 ans, je le déguste dans des situations exceptionnelles comme ce soir, pour apprendre la patience.

Commentaire de dégustation : éclatant, cristallin, harmonieux, équilibré

Dans la continuité des vins précédent, nous ne ressentons pas la différence des millésimes. 1976 était l’année de la sécheresse. Ilfaut se souvenir que des vendanges sont parties en piqûre lactique du fait de la chaleur pendant la récolte, pour les vignerons qui n’étaient pas équipés de groupes de froid.

Cela me rappelle les anciens, comme M. GAUNOUX à Pommard, qui me racontait qu’en 1947, année également très chaude, les vignerons qui ont sauvé leurs vins jetaient des pains de glace dans les cuves.

A propos de ce millésime ancien : c’est également une partie de ma carrière d’investir sur la valeur culturelle des millésimes anciens, qui sont véritablement la plus-value sur l’image, la qualité, la durée, le savoir-faire de nos vins. Je suis convaincu que toutes les régions viticoles de France peuvent atteindre ce niveau-là de différentes façons.

Evidemment la majorité des vins n’est pas faite pour être conservée. Mais ceux qui sont aptes à atteindre cette qualité et ce niveau d’ancienneté sont un exemple et une référence pour les amoureux du vin.

Cette démarche est encore utopique et va à contre-courant des vins dits modernes. Un vieux proverbe africain dit : « Ceux qi nagent dans le sens du courant font rigoler les crocodiles ! »

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Alsace, SGN Gewurztraminer Steigrubler 1988, Domaine Barmès-Buecher

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Nous arrivons à la 8ème dégustation. Il n’est pas dérangeant, ce soir, entre nous, de dire à la 8ème merveille.

J’ai fait les vendanges dans cette partie, très en pente. Comme les autres vignerons, Geneviève m’a aussi écrit une lettre. Et je suis vraiment en fusion avec ce qu’elle dit dans cette description. Pour avoir vécu, modestement, quelques instants sublimes dans cette vigne, et y avoir souvent déjeuné pendant les vendanges.

Acidité : 5.60 g/l

Sucre : 102.30 g/l

Alcool : 13°14

Vinification : raisins en pourriture noble- fermentation lente- vin élevé plusieurs mois sur lies en cuve inox, qui a trouvé son équilibre par lui-même étant donné sa haute concentration en pourriture noble.

Commentaire de François en 1992 : 

Couleur : jaune d’Or, brillant

Nez : bothritysé, figue, datte, abricot, très complexe, grand

Bouche : longueur inoubliable, une finesse, une élégance indescriptible, « de la confiture »

Critique : c’est un vin sublime : de la confiture « transformée en vin »…

Durée : des décennies

Sol : argilo calcaire sur arènes granitiques

Exposition : Sud – Sud est

 

L’âme du vin

Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles :
 » Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité,
Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles,
Un chant plein de lumière et de fraternité !

Je sais combien il faut, sur la colline en flamme,
De peine, de sueur et de soleil cuisant
Pour engendrer ma vie et pour me donner l’âme ;
Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant,

Car j’éprouve une joie immense quand je tombe
Dans le gosier d’un homme usé par ses travaux,
Et sa chaude poitrine est une douce tombe
Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux.

Entends-tu retentir les refrains des dimanches
Et l’espoir qui gazouille en mon sein palpitant ?
Les coudes sur la table et retroussant tes manches,
Tu me glorifieras et tu seras content ;

J’allumerai les yeux de ta femme ravie ;
A ton fils je rendrai sa force et ses couleurs
Et serai pour ce frêle athlète de la vie
L’huile qui raffermit les muscles des lutteurs.

En toi je tomberai, végétale ambroisie,
Grain précieux jeté par l’éternel Semeur,
Pour que de notre amour naisse la poésie
Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleur ! « 

Je remercie chaleureusement les vignerons, qui m’ont procuré ces vins, qui me témoignent leur confiance en me confiant leurs vins. Merci particulièrement à Jean-Michel de m’avoir accueilli ce soir. Et merci à vous tous de m’avoir écouté ce soir.

Yves LEGRAND, caviste.

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